25 janvier 2010
Ce matin, suite à un réveil assez brutal suite à un cauchemar terriblement réaliste, je marchais vers le travail, sous la pluie, et je me suis mis à dériver en me posant plein de questions.
Quand j'étais enfant je voulais être astronaute. Je lisais tous les livres traitant de ce sujet, tantôt ouvrages scientifiques très « terre-à-terre », tantôt bandes dessinées totalement fantaisistes. La premier livre que j'ai lu sur le sujet s'intitulait « Encyclopédie de la Lune » que j'avais trouvé, tout poussiéreux, dans le sous-sol de mon oncle Sarto, dans des tas de vieux livres qui sentaient l'humidité. Pendant que mes cousins et cousines jouaient au billard et à la « Barbie », je me flanquais dans un coin et tournait les pages une à une.
Mon imagination était alimentée par toutes les séries à thématique science-fiction qui abondaient à l'époque sur les écrans : Goldorak le robot qui défend la Terre ; Albator le virile pirate de l'espace au coeur tendre ; The Invaders avec David Vincent qui lui seul pouvait identifier les envahisseurs parmi les hommes ; Space 1999 avec la fameuse Maya qui était capable de prendre la forme de n'importe quel être vivant ; la série originale Battlestar Galactica avec les silons que je trouvait tellement beaux. Je lisait aussi des tonnes de bandes dessinées et de romans.
Évidemment le métier d'astronaute est aussi accessible à un p'tit gars de Saint-Léonard qu'une carrière dans la Ligue Nationale (quoiqu'on a eu Martin Brodeur avec qui j'étais à la polyvalente...) Exit donc la carrière d'astronaute... mais le ciel me fait encore rêver. Je me souviens d'un été à la campagne, couché sur le dos observant la voie lactée de façon très nette et très distincte sur un ciel d'encre noir sans lune. Le genre de chose qu'on ne peut pas voir à Montréal, et que j'ai négligé de faire depuis des années. La dernière fois c'était il y a très longtemps... j'étais allé rejoindre ma soeur et mon beau-frère à Saint-Michel-des-Saints, dans les Laurentides. Pour l'occasion j'avais loué un téléscope assez puissant et je m'étais muni d'un cherche-étoiles. Malheureusement le télescope exigeait des connaissances plus approfondies au niveau des ajustements et je ne pouvais pas trouver mes références dans la lunette, et en plus il y avait tellement de maringouins que l'exercice était carrément impossible.
Il y a une dizaine d'années, lors d'un voyage au Lac Saint-Jean, j'ai visité un observatoire près de Mistassini. Le gars, assez sympathique, ayant remarqué mon intérêt, m'a invité à y retourner en soirée pour voir Saturne dans le téléscope. Le coup d'oeil avait bien valu les 2 jours de friction à l'alcool à cause des piqûres de super-moustiques. Finalement la présence des « bibittes » est un thème récurrent ce soir.
J'ai suivi avec une grande attention il y a quelques années un cours télévisé animé par Hubert Reeves qui s'intitulait « Initiation à l'astronomie ». Ce vulgarisateur incroyable aurait pu faire comprendre à ma défunte grand-mère des principes assez complexes ; La nature est construite comme un langage de l'infiniment petit à l'infiniment grand ; l'expansion et le refroidissement de l'univers ; le rayonnement fossile etc... Ce qui me fascine de la science, c'est que ca devient, à un certain niveau, de la poésie. L'appréciation et l'émerveillement d'une beauté structurée de façon complexe. Que c'est beau !
Au début de mon adolescence, après un bref flirt avec des grandes idées d'architecture, j'ai découvert une passion : la photographie. Un cours secondaire qui s'appelait « art et communication » avec deux professeurs dont je n'oublierai jamais le nom, Bernard Hamel et Louise Riopel, m'a carrément allumé. Introduction au principes de base de la photographie, « camera obscura ». Première photo avec une boîte de conserve vide, trou d'épingle et petit morceau de papier photo. Lentement, j'ai appris le maniement de la caméra classique 35mm. Sensibilité du film, vitesse d'obturation, ouverture du diaphragme, profondeur de champ, composition de l'image etc... Peu à peu je suis devenu le photographe « officiel » de l'école et j'étais très sollicité. Je passais mes soirée en chambre noire. Je me souviens encore de l'odeur des produits, révélateur, bain d'arrêt, fixateur etc... Ça sentais très mauvais mais je trippais. C'est magique de voir apparaître l'image tranquillement dans le révélateur. Des millions de petites molécules d'argent qui s'agitent pour former une mosaïque qu'on espère la plus belle possible ! Et, surprise, parfois, lorsqu'on est chanceux.... l'image obtenue peut même susciter une émotion !
Ma « photosphère » a rapidement éclaté quand j'ai annoncé à mes parents que je voulais devenir photographe... j'avais déjà entrepris des recherches sur le programme offert au Cégep du Vieux-Montréal en ce sens, mais j'ai rapidement abandonné l'idée à cause de mon besoin de plaire à mes parents, surtout à mon père qui insistait sur le fait que ce n'était pas un métier mais un passe-temps. Je ne lui en veut pas, je sait qu'il était plein de bonnes intentions pour moi, mais c'est un rêve brisé. Tellement brisé que je n'ai plus de matériel de cette époque là, appareils, photos etc. Je sent un besoin de renouer avec tout ça en ce moment. Je pense à me ré-équiper cette année, version numérique évidemment !
Le résultat est que j'ai interrompu mes études après le secondaire et que je ne suis pas allé au Cégep. Des années plus tard, je suis retourné à l'université pour entreprendre des études en droit que je n'ai jamais complétées. J'aurais bien aimé être avocat !
Au final plein de passions et pas de résultat concret ! J'aime beaucoup mon travail mais il n'est pas relié à une passion précise. Que serait-il arrivé si j'avais fait mon cégep ? Ou en serait ma carrière si j'avais complété mes études universitaires ? Ai-je fait les bons choix ? Astrophysicien ? Photographe ? Architecte ? Avocat ? Je ne le saurai jamais.
La pluie devient de plus en plus intense mais j'arrive finalement à la station de métro...
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