Sur mon bureau il y a une petite violette africaine qui, ces jours-ci, est resplendissante. Cette plante grandit sous le petit néon de mon poste de travail depuis maintenant 4 ans.
C'est Habiba qui m'a offert cette plante lorsque je suis arrivé dans l'équipe. Habiba est une ancienne collègue qui a obtenu depuis une promotion et nous a quitté pour un autre bureau.
Habiba offrait aux gens de l'équipe une feuille de sa propre violette africaine. Il suffit en effet de planter une feuille dans la terre et de patienter. Pour ma plante, il a fallu s'y reprendre à 2 reprises avant qu'une nouvelle pousse jaillisse de la terre. Lorsque la pousse semble assez forte, on retire la feuille initiale qui est toute pourrie. Et voilà, le miracle de la vie fait son oeuvre. La mort qui engendre la vie.
Habiba est patiente. De confession musulmane, elle est douce et tendre avec toutes les personnes autour d'elle, je ne l'ai jamais vu monter le ton avec un client, je n'ai jamais été témoin d'un quelconque signe d'impatience ou d'irritation. Elle respecte énormément tous les êtres vivants qui l'entoure, elle est dévouée et totalement impliquée.
Donc c'est elle qui passait souvent à mon bureau pour voir l'évolution de ma petite violette africaine. C'est elle qui me disait « patience », et qui recommençait à chaque fois le processus avec plein d'autre collègues. Le résultat est que plusieurs postes de travail arborent maintenant une petite violette africaine.
Habiba sème la vie.
Elle sème le bonheur aussi. Dans un environnement de travail stérile, prendre soin de sa petite violette africaine, ça a un effet apaisant qui nous permet de penser à autre chose qu'au travail et aux problèmes auxquels nous sommes confrontés quotidiennement. C'est un sujet de distraction et de discussion. On confie notre violette à un collègue lorsqu'on part en vacances, on arrose la plante du voisin si on constate qu'elle a soif.
C'est étonnant comment la présence de cette plante est symbolique. Symbole d'appartenance, de partage, d'entraide, de « commitment ».
Habiba sème la vie.
Habiba a accouché de son premier enfant il y a 8 mois. Le petit Ismail est malheureusement né de façon prématurée. Ismail a lutté pour vivre. Pendant des mois nous avions des nouvelles par une tierce personne. Il a subi plusieurs interventions chirurgicales et sa situation s'améliorait de jour en jour. Habiba, malgré la gravité de la situation, a toujours gardé la foi et a même gardé son sens de l'humour.
Le petit Ismail n'a pas survécu, nous l'avons appris récemment.
Habiba récolte la mort.
Chienne de vie.
mardi 9 février 2010
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