jeudi 11 février 2010

Autopsie d'une petite balade nocturne

Rue Wolfe. Je descend la rue tranquillement. La nuit est froide et douce en même temps. Un passant approche en face de moi. On va se croiser. La nuit on remarque les gens, ils brillent car ils sont en mouvement dans un environnement calme et endormi. Nous nous tassons un peu, vers la droite, histoire de ne pas se toucher. J'entends le frottement de ses pantalons de nylon s'éloigner derrière. J'avance en regardant mes pas éviter les petites plaques de glace. Je pense que j'aimais mieux mes bottes d'avant.

Rue Maisonneuve. L'air est un peu croustillant dans mes poumons. J'en prends de grandes bouffées. Une femme apparemment saoule essaie de se stationner. Elle avance, elle recule, taponne, tourne le volant d'une façon désespérée de gauche à droite. Je traverse la rue car elle est dangereuse. Elle doit penser à son amant.

Rue Montcalm. L'air est dense, il est riche. Ça sent la petite roche et le calcium. Un homme plus âgé me précède de quelques mètres. J'ai l'impression qu'il se sent suivi, je change de trottoir car je déteste avoir ce sentiment là. Hé, c'est mon ami François là-bas qui promène son chien ! Je ne peux pas crier, il ne m'a pas vu. Il doit penser à la Nouvelle-Orléans.

Rue Ste-Catherine. Le vent caresse mes joues. Je replace ma tuque. La belle oeuvre de Zilon là-haut, en haut du Nouilles machin... tout éclairé. Bubba est là, le quêteux qui pleure tout le temps qu'il a faim et qui n'arrête pas de m'appeler « man, man ! ». Je lui fait un petit signe de tête et je passe mon chemin. Il doit se dire que je suis un écœurant.

Métro Beaudry. Le vent se fait un peu plus pinçant. Un super mec approche devant moi. Une belle jeunesse au teint éclatant. Je dois marcher dans la rue à cause des travaux. On se croise en se touchant un peu. Je veux me retourner mais j'ai peur que lui ne se retourne pas. Tant pis, je tourne la tête... et lui aussi ! Je pense que ça ferait sûrement un bon prince charmant.

Dépanneur. Une grosse bouffée de chaleur en entrant. Toujours le même gars en arrière du comptoir. J'achète mes cigarettes et en craque une en sortant. Je pense qu'il ne me reste plus grand temps.